caravancafé - Circulations/ tissages/signes croisés retour à la liste





accueil | Circulations - appel à contribution 2010-11 | Blog-actualité | contribution 2010-11| les oeuvres croisées


Jean-Luc Bohin - plasticien



Apollon Kanin fait partie de la même série que Soleil 46 Ces deux-là sont extraits d'un travail sur la forêt d' île de France. Ce sont deux images de soleil d'hiver…

Il a été classiquement énoncé que la photo capte l'instant. C'est très bien. Si je fais un instantané du soleil, il apparaîtra immobile. Ce qu'il n'est pas. L'univers est en mouvement. L'esprit aussi. L'instant peut se décomposer. Comme n'importe quel ensemble se fractionner en sous-ensembles, qui vont se fractionner en sous-ensembles… C'est pourquoi soleil 46 est dans la brume évanescente du chaos comme une fractale non géométrique… Que faire pour rendre compte de ce qui bouge et non pas de ce qui ne bouge pas ? Que faire pour que la photo ne soit pas miroir de l'illusion de l'éternité de l'instant T ?

Accepter le flou de bouger c'est observer que les phénomènes ne sont ni noir totalement, ni blancs totalement : à l'air peut-être mature de la mondialisation des cultures, même si l'on comprend un peu l'univers, cette vision est comme une buée flouant une partie du verre de nos lunettes… Le soleil bouge, mon esprit bouge, et la prise de vue bouge, parce que l'œil n'est pas stable : alors le boitier mimétique danse pour accompagner l'irruption du soleil entre les arbres, qui vient se métamorphoser en animal sauvage , aboyant silencieusement je suis là, depuis tant d'années-lumière déjà fauchées par la démarche lascive de Lurette…

Le seul ajout informatique est d'ordre chromatique. J'ai un peu boosté la pâleur des couleurs d'hiver. Le dessin est exécuté à la prise de vue.











Tôle 32 est avec une poignée de consoeurs en complément d'une série sur les cabanes Ostréïcoles de l'île d'Oléron.. Ce n'est pas un reportage sur l'élevage des huîtres, mais un sujet architectural ayant pour thème l'entropie, et au-delà de la destruction progresssive et relativement véloce en bord de mer de ces structures en bois si fragiles un clin d'œil au cosmos qui ne laisse absolument rien de stable, et qui, après l'activité de construction des êtres humains, effectue ce qui peut être considéré comme une destruction à court terme d'un point de vue pragmatique, ou se met aussi lui-même de la partie pour créer à son tour des modélisations différentes de la peinture, par exemple, qui va se boursoufler, s'écailler, se décolorer ou se transformer chromatiquement à cause de l'érosion, donc en fin de compte un micro système propice à nous montrer que rien ne stagne ni ne perdure en ce monde, et que ce faisant l'homme créateur n'est artiste qu'en regard de la nature, se jouant de nous et nous énonçant que le microcosme est identique au macrocosme, et que quoi que nous fassions nous somme au centre de l'univers à ne pouvoir nous en échapper quand tout nous échappe, à commencer par ces tôles qui rouillent se parant de mille couleurs plus affriolantes les unes que les autres, séduisantes comme des filles en robe ondulant dans le vent qui les berce…


Et quand on sait qu'une cabane en tôle est un peu l'opposé architectural d'un palace ou d'un building de prestige, on se demande quelle étincelle a produit une prise de position luxueuse à l'égard de ces fragiles abris…

La fleur de lotus pousse dans la vase…



www.jeanlucbohin.com/
jeanlucbohin@wanadoo.fr