Les sous-sol de frédéric voilley
Où est-elle, sa peinture ? Dans quel espace retrouver les torsions, les méandres, les marques qu’il emporte dans l’envers des gestes, le "fond" de la toile, le temps de ses mots éclatés qui déchirent les formes..
Regarder sa toile, la traverser, entrer dans cette profondeur qu’il ne crée pas, mais qui se dit dans l’absence de formes.. Il ne cherche pas d’étranges équations pour séduire le contemplateur. Juste des mouvements qui révèlent la couleur, démontent nos conceptions d’harmonies ronronnantes…
L’absence. Le silence de la séduction nous laisse sur le carreau. Effrayés, immobiles. Devant ces zones intouchables qu’il égare devant nous, hors du regard, là où se trament les montages de non-repères évaporés..
Le monde n’existe pas, l’homme le fait exister en interprétant les signes qu’ il nous offre, dit le talmud..
Voilley interroge ses mémoires, défait une à une les murailles…
Il a fait des murs, Voilley, de pierres, et défriché, éclairé des jardins, taillé des vignes.. Il dit lui-même que marcher, dormir, ou peindre, c’est pareil.. Alors, dans ses ateliers invisibles, perdus dans des sous-sols inaccessibles où les huiles trempent les murs entre les moteurs et les bagnoles, il délie les strates des pensées arrangées, peint mêmes des toiles qui ne sortent plus des lieux par la porte, trop étroite !
Des toiles vibrantes dans une obscurité qu’il interroge à force de nœuds, de déchirures, de couleurs conversées….
Et, si vous sortez de là une de ces toiles, dans les marques des humidités qui la font vivre, dit-il, il y aura une rencontre, au plus loin de mots incontrôlables, dans une implacable rigueur déferlante que le désir ne conduit plus.
Voilley a démonté les gonds des portes cochères, et nous livre une implacable certitude. Celle même qui le fait courir sur les crêtes et manger des olives vertes. Une certitude hors des chemins de la peinture d’ateliers. Une peinture de sous-sols, là où se trament les racines de toiles vivantes qu il nourrit dans la lumière abrupte de ses dialogues musicaux.. Parce que Voilley connaît la musique. Il sait les nuances et les parcours de ces sonorités.. Mais il n’en joue pas pour faire vibrer. Il en écarte les harmonies pour laisser place à ces lieux où l’absence se pose dans l’inquiétante étrangeté des imprévisibles.
Des fœtus suspendus sur des toiles blanches. Nœuds vibrant aux abords des zones sans retour. Mais Frédéric traverse, nous égare… Démonte les peurs et crée des clairières opiniâtres.Chercher, ne pas conduire…
A chaque nouveaux regards, ses toiles se donnent à voir, un peu plus. Mais si vous ne voyez pas, il vous dira sur un ton dégagé : c’est rien, c’est de la merde !
Alors, on regarde encore, et on entrevoit des vibrations nouvelles qui ne semblent jaillir que de l’espace intérieur.
Comment fait-il, pour nous parler sans se montrer, ainsi, juste en nous faisant frôler des frontières qui murmurent, incessamment, de loin, là où on ne sait pas voir !
carol shapiro, 2004